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Sécurité des couches pour bébé

Publié en ligne le 20 août 2019 - Santé et médicament - Médecine

L’Anses a publié le 17 janvier 2019 un avis relatif à la sécurité des couches pour bébé [1]. Cette initiative avait pour origine un article du journal Le Parisien fin 2016 [2], dénonçant la présence d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) [3] dans des couches pour bébé à usage unique, suivi de la publication par le magazine 60 millions de consommateurs des résultats de tests conduits sur des couches pour bébés contenant des pesticides, dioxines, furanes, HAP et composés organiques volatils.

L’Anses constate que ses  « recherches documentaires ont mis en évidence un faible nombre de rapports d’organismes publics et la rareté des publications scientifiques indépendantes » p. 2). Par ailleurs elle note qu’ « il n’existe pas de dispositions réglementaires spécifiques aux couches pour bébés en France ou dans l’Union européenne » p. 1). Cet avis vise donc à mettre en place des règles de bonnes pratiques sur la composition des couches pour bébé.

De quoi est constituée la couche à usage unique ? Il s’agit d’une superposition de matériaux. Le premier est un voile de surface composé de polyoléfines (un plastique hydrophobe) et de textile non-tissé poreux, dont la fonction est de drainer l’urine vers le matelas absorbant, lui-même constitué d’un mélange de fibres de cellulose (donc issues du bois) et de polymère superabsorbant (polyacrylate de sodium) qui va retenir le liquide. Pour assurer son étanchéité, la couche se termine par une enveloppe extérieure imperméable sur laquelle figurent une bande adhésive de repositionnement et des élastiques permettant d’ajuster la couche. Ces élastiques peuvent être irritants, puisque constitués de polymères thermoplastiques, et ne doivent pas être au contact de la peau de bébé ; c’est pourquoi ils sont recouverts.

L’avis de l’Anses rend compte de deux types d’affections possibles liées au port de couches : les pathologies cutanées et le risque chimique. Les pathologies cutanées, principalement les dermatites, sont rapidement écartées de l’analyse de risque car le port des couches à usage unique a justement permis une diminution de la prévalence de la dermatite, dont les effets ont encore diminué au cours des trente dernières années grâce à une meilleure ergonomie des couches et l’utilisation des polymères superabsorbants qui maintiennent le siège au sec. Concernant le risque chimique, il est étudié sur la base d’une recherche systématique des résidus de produits dangereux, en effectuant un broyat de couche entière, de couche avec simulant d’urine 1 et des broyats de parties de couches, puis en extrayant par solvants les substances recherchées.

Les substances chimiques recherchées comprennent pesticides, HAP, dioxines et furanes, substances parfumantes et composés organiques volatils (COV), etc. Les experts soulignent qu’aucune substance nocive n’est volontairement ajoutée par les industriels ; il s’agit pour les pesticides de résidus présents dans les matières premières constituant la couche jetable, et pour les HAP, dioxine et furane, du résultat de certains procédés de fabrication, notamment à haute température p. ex. : blanchiment, collage). On notera que la majorité des pesticides retrouvés dans les analyses des couches est interdite dans l’UE p. ex. : lindane, quintozène, hexachlorobenzène).

Une analyse de risque a ensuite été conduite sur la base des concentrations mesurées, en partant du scénario de pire cas qui correspond à l’exposition maximale théorique pour chaque mode de contamination, puis de scénarios affinés avec des doses plus probables p. ex. : taux de transfert de la substance à la peau de 100 % dans le pire cas, contre 7 % pour scénario affiné « réaliste »). On notera que les scénarios affinés prennent en compte la variation du poids de l’enfant au cours du temps, et calculent donc une exposition relative par kg de masse corporelle. Il en résulte des concentrations supérieures aux seuils sanitaires, notamment pour les parfums utilisés dans le cas des bébés de moins de 12 mois, ainsi que pour les HAP lorsque du simulant d’urine est ajouté à la couche.

La conclusion précise :  « Il n’existe aucune donnée épidémiologique permettant de mettre en évidence une association entre des effets sanitaires et le port de couches. Toutefois, des substances chimiques dangereuses ont été retrouvées dans ces couches. Sur la base des résultats des essais de l’INC [Institut national de la consommation] et du SCL [Service commun des laboratoires] ainsi que des données bibliographiques, une évaluation quantitative de risques sanitaires a été réalisée sur les couches pour bébé à usage unique selon des scénarios affinés considérés réalistes. Elle a mis en évidence des dépassements de seuils sanitaires pour plusieurs substances. Aussi, à ce jour et en l’état actuel des connaissances, il n’est pas possible d’exclure un risque sanitaire lié au port des couches à usage unique » p. 12). C’est ainsi que l’Anses recommande de durcir la réglementation pour les couches pour bébé, et de poursuivre l’analyse systématique des couches pour mesurer la mise en conformité des industriels aux recommandations qu’elle a énoncées : supprimer les substances parfumantes, mieux maîtriser l’origine des matières premières, améliorer les procédés de fabrication pour réduire la présence de substances nocives résultantes, fixer des concentrations maximales pour les substances toxiques.

Références

- 1 | Avis révisé et Rapport de l’Anses relatif à la sécurité des couches pour bébé, Anses, 17 janvier 2019. Sur anses.fr

- 2 | Torgemen E, « Consommation : des produits cancérigènes dans les couches », Le Parisien, 25 octobre 2016. Sur leparisien.fr

- 3 | « Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) », mise à jour 12 décembre 2018. Sur cancer-environnement.fr

1 La composition du simulant d’urine est une solution aqueuse contenant les principaux constituants naturellement présents dans l’urine : urée, créatinine, citrate d’ammonium, NaCl, KCl, KHSO^4, MgSO^4, KH^2PO^4 et KHCO^3.


Thème : Santé et médicament

Mots-clés : Médecine

Publié dans le n° 328 de la revue


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L' auteur

Emeric Planet

Informaticien et membre du comité de rédaction de la (...)

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