Accueil / Regards sur la science / Biopharming d’une protéine de sang humain dans le riz

Biopharming d’une protéine de sang humain dans le riz

Publié en ligne le 23 avril 2012 -
par Marcel Kuntz - SPS n° 299, janvier 2012
Biopharming : production de protéines à usage pharmaceutique à partir de plantes ou d’animaux transgéniques.

Des équipes chinoises viennent de publier un article [1] décrivant la production de sérum albumine humaine (SAH) dans des graines de riz transgénique. La demande mondiale de SAH est forte en raison de son utilisation dans la production de médicaments et de vaccins et dans le traitement de patients atteints de brûlures ou d’autres traumatismes et de pathologiescomme la cirrhose du foie. La source principale de SAH, aujourd’hui les dons de sang, est limitée et sujette à des risques de contaminations par des agents pathogènes (virus).

Structure de la SAH

D’autres équipes de recherche travaillent à la production de SAH synthétique, via des levures ou des bactéries, ou dans le lait ou encore dans des plantes transgéniques (tubercules de pomme de terre par exemple). En 1990 déjà, la biosynthèse de SAH dans des plantes transgéniques était publiée. En 2003, une étude annonçait une production efficace de SAH à partir de feuilles de tabac. Dans ce contexte, l’annonce chinoise est-elle originale et plus qu’une simple annonce ?

En fait, la difficulté dans la production biotechnologique de SAH est d’identifier un hôte et une méthode permettant non seulement un haut rendement, mais aussi des coûts de production les plus bas possibles et, pour le produit final, de faibles risques de réaction immunitaire indésirable.

La première condition semble atteinte dans l’approche chinoise : la SAH représente plus de 10 % des protéines solubles de la graine – ce qui représente l’un des rendements les plus élevés pour une protéine recombinante dans des plantes – et a été obtenue avec une pureté supérieure à 99 %. Il faut cependant noter que dans le tabac (chloroplastes de feuilles), la teneur en SAH était aussi supérieure à 10 % des protéines solubles. L’avenir dira quelle méthode permettra les coûts de production les plus bas (à production brute équivalente, les coûts de la purification peuvent être très variables).

Quant à la troisième condition, les tests pratiqués sur des rats n’ont pas révélé de risques accrus de réaction immunitaire pour la SAH de riz. Ces tests ont aussi confirmé son efficacité sur des rats atteints de cirrhose. Les auteurs espèrent démarrer les essais cliniques d’ici deux ans.

Qu’en est-il du contrôle de la pollinisation croisée de ce riz avec des variétés alimentaires ? Rappelons que les États-Unis ont choisi la solution suivante : autoriser des essais à grande échelle d’autres molécultures [2] dans le riz, mais uniquement dans des États nonproducteurs de riz alimentaire.

[1] Large-scale production of functional human serum albumin from transgenic rice seeds. PNAS 2011 : http://www.pnas.org/content/early/2...
[2] Définitions et Applications en Bioproduction : http://moderne.canalblog.com/archiv...

Publié dans le n° 299 de la revue


Partager cet article


]