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Panorama du QI : L’intelligence en 6 questions… et 6 réponses

Publié en ligne le 12 mars 2010 - Cerveau et cognition -
par Nicolas Gauvrit - SPS n° 289, janvier 2010

Qu’est-ce que l’intelligence ?

Aucune définition consensuelle de l’intelligence n’a jamais émergé, même parmi les quelques psychologues les plus réputés sur la question. Dans les définitions qu’ils donnent, quelques thèmes reviennent pourtant assez souvent. L’intelligence est souvent définie comme :
- la capacité à apprendre ;
- la capacité à faire face à des situations nouvelles ;
- la capacité à résoudre les problèmes.

L’idée importante qui se cache derrière ces tentatives de définition est la suivante : certains humains seraient plus aptes que d’autres à s’adapter à des situations abstraites, à résoudre des problèmes théoriques, et cela indépendamment du type de problème. « L’intelligence » est cette capacité générale supposée.

Comment mesure-t-on l’intelligence ?

L’idée de départ de l’intelligence est qu’elle est une capacité générale, qui permet à la fois de se rappeler d’un numéro de téléphone, d’apprendre rapidement un code, de trouver la solution d’un jeu logique, de réaliser un puzzle, de comprendre comment on peut réparer un robinet, etc.

Pour mesurer cette capacité « latente » 1, on fait donc passer au sujet un ensemble de tâches très diverses, qui fournissent ainsi un ensemble de notes. Si l’intelligence existe, elle est liée à chacune des notes, et la moyenne de toutes ces notes est alors une bonne approximation de l’intelligence. C’est le principe de calcul du QI (quotient intellectuel).

On a pu vérifier que les notes obtenues aux différentes tâches sont effectivement liées : ceux qui réussissent bien l’une des épreuves ont tendance à bien réussir les autres. Cela légitime en partie la notion d’intelligence, et l’adéquation des tests de QI, vu comme une mesure de l’intelligence.

Le QI varie assez peu au cours de la vie 2, excepté en cas de trouble comme une dépression, par exemple. Deux tests passés à quelques années d’intervalle par la même personne donnent des résultats très proches. Cependant, il est évident que l’entraînement aux tests de QI augmente artificiellement le résultat pendant quelques semaines : c’est pour cette raison que les psychologues conservent jalousement le secret des épreuves (seuls les psychologues peuvent y avoir accès, et elles sont protégées. Seuls quelques exemples d’exercices sont disponibles dans les manuels de psychologie et sur Internet).

Le QI dépend-il (en partie) des gènes ?

Des preuves s’accumulent depuis près de 50 ans, montrant que l’intelligence dépend en partie des gènes, du moins telle qu’elle est mesurée par le QI (voir l’article Le QI de ses parents.

Le lien entre le QI d’un enfant et celui de ses parents est connu depuis longtemps. Les personnes d’une même famille ont des QI plus proches que ceux de deux familles différentes. Les « vrais » jumeaux (monozygotes) ont des QI plus proches que les « faux » jumeaux (dizygotes). Cet effet a parfois été attribué à l’environnement partagé : les frères, et en particulier les jumeaux, reçoivent des éducations culturelles proches, et vivent souvent dans le même milieu.

Comme les jumeaux, même élevés séparément, ont des QI proches, il a alors été suggéré que c’est l’environnement prénatal qui pouvait jouer : les jumeaux entendent, dans l’utérus, les mêmes sons au même moment, et sont nourris de manière presque identique.

Mais là encore, cette hypothèse n’est pas suffisante, puisque les jumeaux dizygotes, qui partagent également l’environnement prénatal, ont des QI bien moins proches que les jumeaux monozygotes. Il est désormais admis que le QI est largement influencé par le patrimoine génétique, au moins à 40 %, peut-être à 80 % : les gènes expliqueraient donc 40 à 80 % des variations de QI.

Que signifie « les gènes expliquent 50 % des variations de QI » ?

Pour mesurer l’effet relatif d’une cause (par exemple, le patrimoine génétique sur le QI), on raisonne sur les variations. L’idée est à peu près celle qui suit, à part pour les détails techniques 3.

Tout le monde n’a pas le même QI. Si l’on choisit deux personnes au hasard, on trouvera un certain écart entre les deux. Autrement dit, il existe une certaine « variation ». Cette variation peut se mesurer mathématiquement. Supposons pour fixer les idées que cette variation des QI dans la population soit de 100. Prenons alors deux personnes ayant le même patrimoine génétique, mais ne partageant rien d’autre (des jumeaux monozygotes séparés à la naissance et qui ne se connaissent pas, et élevés dans des milieux différents). Entre ces deux personnes, on constate encore des écarts. Supposons que cet écart corresponde à une variation de 50.

On interprète ainsi les résultats : la variation normale, qui comprend celle due aux facteurs génétiques, sociaux, etc., est de 100. La variation qu’on obtient en annulant l’effet génétique est de 50. Parmi les 100 points d’écart de départ, 50 sont donc attribuables aux gènes, et 50 aux autres causes. Ainsi, les gènes expliquent 50 points de variation sur 100, soient 50 %.

Autrement dit, dire que 50 % des variations de QI s’explique par les gènes (ou que le QI est héritable à 50 %), c’est dire que la moitié des différences entre les individus est due aux gènes, les 50 % restant provenant d’autres causes.

Le QI existe-t-il ?

On peut mesurer le QI. D’un certain point de vue, le QI « existe » donc. Pourtant, beaucoup de personnes se demandent de quel type de réalité il s’agit. Les connaissances actuelles ne permettent pas de faire le lien entre le QI et la biologie, sauf de manière vague (en montrant que les gènes interviennent).

La question est alors celle de la réalité psychologique du QI. On se demande par exemple « est-ce que j’ai en moi, même de manière diffuse, un QI, ou bien est-ce seulement un nombre qu’on m’attribue artificiellement ? »

Pour comprendre pourquoi cette question n’a pas de réponse claire, faisons une analogie entre l’intelligence et une grandeur physique :

Nous pouvons procéder à un ensemble de mesures sur les humains adultes : nous pouvons mesurer le poids en kg, la taille, le tour du bassin, le tour de cuisse en cm, etc. Nous remarquerions alors que ces diverses mesures sont toutes liées entre elles. Si nous calculons la moyenne de ces diverses mesures, nous pourrons alors associer un nombre à chaque individu. Comme ce nombre est lié à tout ce qui nous semble relever de la « corpulence », appelons « corpulence » cette moyenne bizarre (puisqu’elle mélange des cm et des kg), qui pourrait être assimilée à l’indice de masse corporelle (IMC), un nombre qui vaut le poids en kg divisé par le carré de la taille en cm.

Chaque individu possède maintenant une « corpulence », un indice de masse corporelle (IMC). La corpulence existe-t-elle pour autant ? Est-elle quelque chose qu’on a en soi ou seulement le résultat d’un calcul ? Tout dépend de ce qu’on appelle « exister »…

Le QI est exactement comme l’IMC : puisqu’on peut le calculer, il « existe » d’une certaine manière, au moins dans un modèle. Mais on ne peut pas le « voir », ni dire où il se trouve 4.

Pourquoi ne pas identifier QI et « intelligence »

Même si, pour des raisons pratiques, les psychologues utilisent souvent « intelligence » et « QI » comme des synonymes, ils connaissent les limites de cette identification.

Bien que la notion d’intelligence soit assez brumeuse, on lui attache parfois un certain nombre de propriétés que le QI ne vérifie pas. Par exemple :
L’intelligence devrait être indépendante des connaissances acquises. Le QI ne l’est pas.
L’intelligence devrait être indépendante de la motivation. Le QI ne l’est pas.

Les gens plus intelligents devraient mieux comprendre les sentiments des autres, c’est faux avec le QI. Si vous dites à quelqu’un que vous êtes agacé parce que le voisin du dessous vous insulte tous les jours, et qu’il ne comprend pas en quoi cela peut vous agacer, vous aurez probablement tendance à trouver qu’il n’est pas particulièrement intelligent…

C’est pour tenir compte de ces limites que certains auteurs évoquent plusieurs types d’intelligence (intelligence pratique, émotionnelle, sociale, etc.).

1 C’est-à-dire non directement observable.

3 Dans les recherches, on compare les jumeaux monozygotes et dizygotes, pour contrôler aussi le facteur d’environnement prénatal.

4 La même difficulté se trouve aussi, par exemple, en physique : une « force » existe-elle ? Elle n’est peut-être rien d’autre qu’une construction abstraite commode pour expliquer des « effets », comme la chute des corps. Mais on ne la voit pas, et c’est par ses seuls effets qu’on peut la calculer.

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