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L’effondrement des colonies d’abeilles : un indice génomique

Publié en ligne le 28 novembre 2009 - Écologie
par Guillaume Calu - SPS n° 288, octobre 2009

Le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles alarme depuis quelques années apiculteurs et scientifiques. Les raisons de ce déclin restent encore mal connues et sont certainement multifactorielles. Mais il semblerait que l’hypothèse d’une infection virale prenne de plus en plus d’importance, si l’on en croit une étude américaine récente.

Depuis 2006, les ruches américaines sont victimes d’effondrements brutaux des colonies d’abeilles. Différents facteurs ont été identifiés comme potentiellement responsables de ce fléau : pathogènes, stress environnemental (pesticides notamment) ou encore stress parasitaire et infections virales.

L’équipe de May Berenbaum, de l’Université de l’Illinois, s’est intéressée aux différences génomiques entre des abeilles mortes lors de la crise d’effondrement des colonies de 2006 et des individus prélevés lors de campagnes antérieures. Comme le goût est la première interface entre l’abeille et son environnement biologique et chimique, les chercheurs se sont intéressés à la comparaison de l’expression des gènes (ARN) impliqués dans les organes gustatifs. Les prélèvements d’abeilles proviennent de la côte ouest comme de la côte est des États-Unis. Des variations considérables apparaissent dans l’expression des gènes suivant l’origine géographique des abeilles, mais une liste consensus de 65 transcrits a pu être établie comme marqueurs potentiels du syndrome d’effondrement des colonies.

Leurs résultats ne mettent pas en évidence une augmentation de l’expression de gènes impliqués dans la réponse aux pesticides, ni de réponse immunologique clairement différente, malgré la prévalence de pathogènes et virus dans les colonies affectées. Cependant, la comparaison génomique globale entre abeilles saines et abeilles affectées montre la présence d’ARN ribosomaux inhabituels chez les abeilles mortes en 2006. Ces fragments d’ARN pourraient être, selon les chercheurs, la conséquence possible d’une infection par des virus picorna-like, c’est-à-dire des virus à génomes ARN simple-brin appartenant à cette super-famille virale, autrefois désignée sous le nom de Picornavirus, et maintenant séparée en plusieurs familles distinctes. Parmi cette famille, sont présents de nombreux virus d’abeilles, comme l’Acute bee paralysis virus (ABPV), le Kashmir bee virus (KBV) ou encore l’Israel acute paralysis virus (IAPV), ce dernier étant soupçonné d’agir dans le cas du syndrome d’effondrement des colonies.

La présence de nombreux virus picorna-like chez les abeilles mortes lors de la crise de 2006 pourrait donc être une piste très sérieuse pour expliquer l’effondrement des colonies d’abeilles. Les chercheurs américains proposent d’ailleurs d’utiliser ces résultats afin de concevoir des marqueurs génétiques de diagnostic des colonies victimes d’effondrement de leurs effectifs.

Pour en savoir plus :
R.M. Johnsona et al. (2009). Changes in transcript abundance relating to colony collapse disorder in honey bees (Apis mellifera). PNAS.
doi : 10.1073/pnas.0906970106


Mots-clés : Écologie

Publié dans le n° 288 de la revue


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