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L’astrologie est-elle une imposture ?

Publié en ligne le 14 juin 2019
L’ASTROLOGIE EST-ELLE UNE IMPOSTURE ?

Daniel Kunth et Philippe Zarka

EDP Sciences, 2018, 227 pages, 10 €

Pratiquée depuis des millénaires, l’astrologie a vu son emprise sur les êtres humains évoluer au fil des siècles. De tout temps, ceux-ci ont voulu découvrir leur destinée, et les succès de l’astronomie (prévision des phases lunaires, marées, éclipses) les amenaient tout naturellement à penser qu’une meilleure connaissance des mouvements des astres leur en donnerait les clés.

Délaissée au XIXe siècle, l’astrologie voit son influence à nouveau progresser au XXe avec l’apparition des horoscopes dans les journaux des années 30. Certains chefs d’État n’hésitent pas à s’entourer de conseillers astrologues, et aujourd’hui plus du quart de la population affirme croire aux prédictions astrologiques.

Après nous avoir livré une histoire de l’astrologie occidentale, D. Kunth et P. Zarka, tous deux astronomes, nous entraînent dans une description très détaillée de ce qu’est l’astrologie : nous apprenons ainsi la définition des principaux termes employés par celle-ci (luminaires, maisons, signes, ascendants, aspects, etc.), et les significations symboliques des relations entre ces données en fonction de leurs positions dans les constellations.

Longtemps sœur de l’astronomie dont elle utilisait les techniques de description du ciel, l’astrologie a su profiter de la caution scientifique dont bénéficiait cette dernière, d’ailleurs plus de la moitié des Français pensent que cette discipline est une science. Mais elle a vu peu à peu croître de nombreuses contradictions dont elle n’a pas toujours su s’affranchir. Ainsi les auteurs nous expliquent clairement pourquoi les astrologues sont capables d’en balayer avec facilité les plus simples : les constellations sont tridimensionnelles, n’ont aucune réalité physique, sont de longueurs inégales le long de l’écliptique et au nombre de treize, la précession des équinoxes entraîne un décalage entre les signes et les constellations dont ils portent les noms 1, le fait que le Soleil ne se lève ni ne se couche au-delà du cercle polaire ôte toute signification à la notion de maison 2, et enfin le problème des horoscopes identiques (beaucoup trop de gens devraient avoir un même horoscope).

Mais ils nous montrent également que les objections plus élaborées sont difficiles et même impossibles à réfuter par les astrologues : ainsi en va-t-il de certaines incohérences, sans compter les innombrables prédictions non réalisées. Par exemple jusqu’au XVIIIe siècle, les « luminaires » étaient bien définis (Soleil, Lune et les cinq planètes connues à l’époque : Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne), mais les progrès de l’astronomie ont d’abord permis la découverte d’autres planètes (Uranus, Neptune, Pluton, même si celle-ci a aujourd’hui perdu son statut), obligeant les astrologues à les intégrer à leur pratique, puis d’autres corps massifs dans le Système solaire (Xéres, les satellites des planètes, ou encore des milliers d’astéroïdes et même des planètes naines). Ces avancées nouvelles empêchent aussi l’astrologie de se revendiquer comme science, faute d’intégrer ces découvertes.

Mais d’autres incohérences existent : des jumeaux devraient posséder des destinées identiques. Certes, les astrologues réfutent cet argument par la divergence des vécus terrestres mais réduisent par là-même l’intérêt de leur discipline. Enfin, l’astrologie telle que nous la connaissons dans le monde occidental n’a rien de commun avec d’autres pratiques, telles que l’astrologie chinoise par exemple ; mais alors pourquoi les divinations devraient-elles différer pour un même individu suivant la méthode choisie ?

Les auteurs nous décrivent également avec force détails quelques études statistiques réalisées dans le but de trouver des corrélations entre certaines catégories de personnes (par exemple sportifs de haut niveau, scientifiques de renom, joueurs d’échec) et leurs thèmes astraux. Mais, outre que la difficulté de définir précisément ces catégories de personnes (qu’est-ce exactement qu’un scientifique de renom ?) donna lieu à d’incessantes polémiques suivant que l’on était ou non partisan de l’astrologie, les résultats furent non significatifs ou, au mieux, sujets à controverses.

Les auteurs abordent également les relations entre l’astrologie et les sciences humaines en se posant la question : pourquoi avons-nous besoin de croire ? L’astrologie n’hésite pas à exploiter notre appréhension de l’avenir de façon purement mercantile en ayant bien soin de rassurer ses adeptes. Encourageant au conformisme par la forme de fatalisme qu’elle prône, elle est un obstacle à la prise en main de leurs destins par les individus.

Écrit de façon claire et compréhensible, cet ouvrage est une remarquable synthèse de tout ce qui a pu être écrit autour de l’astrologie, en même temps qu’une note d’espoir puisqu’il semblerait qu’elle tombe peu à peu en désuétude, incapable de s’adapter aux questionnements d’aujourd’hui face aux développements des nouvelles connaissances.

1 Selon D. Kunth et P. Zarka, les astrologues considèrent deux zodiaques :  « le zodiaque sidéral attaché aux constellations et le zodiaque tropique composé de douze boîtes rectangulaires virtuelles – les signes – et inexorablement attaché au parcours du Soleil, et donc au point vernal. C’est bien évidemment dans ce dernier que les phénomènes liés à la vie terrestre (les saisons, les grandes marées) reviennent chaque année à la même période. »

2 Selon les astrologues, l’horizon divise le ciel en deux hémisphères (l’un visible, l’autre invisible). Le méridien qui passe par le zénith et les points cardinaux nord et sud divise la sphère en deux. Chacun de ces quartiers est divisé en trois sections. Les douze sections résultantes s’appellent les maisons.


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