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Un monde fou, fou, fou : octobre 2004

Publié en ligne le 19 août 2008 -
SPS n° 264

« On se demande ce qui pourrait susciter des doutes salutaires dans l’esprit des fanatiques rationalistes qui mangent de l’astrologue en veux-tu en voilà ! »

Site web d’Élisabeth Teissier, dossier de juin 2004.

Vous avez un nouveau message

Les esprits d’outre-tombe ne seront plus désespérément isolés. Robert Barrow, de Burlingame en Californie, a inventé pour eux un système informatique intégré à leur tombe, qui leur permettra de communiquer avec leurs proches. Ce système prévoit un écran vidéo couplé à un ordinateur et comportera des écouteurs sans fil afin que les discussions ne gênent pas les autres visiteurs. Le tout sera alimenté par le circuit électrique du cimetière.

Quel bonheur pour les passionnés de jeux vidéo : ils pourront continuer à assouvir leur passion dans l’au-delà !

Source : AFP

Un air de famille…

Padre Pio est un saint vénéré en Italie. Il avait la réputation d’avoir le don d’ubiquité et de porter les stigmates de la passion du Christ.

Décédé en 1968, il fut canonisé en 2002 par Jean-Paul II. Huit millions de pèlerins visitent chaque année la ville où il est inhumé. C’est dire si l’image de son visage est dans tous les esprits.

Rien d’étonnant donc à ce que, un jour ou l’autre, un saint ressemblât au maître qui lui est attaché. À Gênes, en juin 2004, une femme a cru reconnaître le visage du padre Pio sur une statue du Christ, reproduction de celle réalisée par Guido Galletti en 1950 (qui, elle, est en mer des Caraïbes).

5000 personnes se sont pressées en une journée pour faire le même constat collectif : le visage du padre Pio est superposé à celui de la statue.

Le cardinal de Gênes s’est déplacé pour examiner la statue du Christ. Il a bien vu un visage, mais a demandé un complément d’expertise… On est rassuré.

Source : Reuters

À bout de souffle

Le sherpa qui détient le record de vitesse de l’ascension de l’Everest affirme que les pentes du plus haut sommet du monde sont hantées par les esprits des alpinistes qui y ont laissé leur vie.

Pemba Dorji Sherpa, 26 ans, dit en effet n’avoir mis que huit heures et dix minutes le 21 mai dernier pour atteindre 8 848 m. Arrivé près du sommet, il a vu des ombres noires, qu’il pense être des fantômes des 200 personnes décédées sur le toit du monde.

Quelques sceptiques, comme Kamal Krishna Shrestha, universitaire et scientifique népalais de renom, ou comme Milan Shakya, anthropologue à l’université de Tribhuvan à Katmandou, osent s’inscrire dans une interprétation physiologique de sa vision et mettent en avant le stress et le manque d’oxygène à très haute altitude.

Toutefois, le président de la Nepal Mountaineering Association abonde dans le sens du sherpa visionnaire et préconise des rites pré-ascensionnels en faveur des âmes errantes de l’Everest : « Nous croyons à l’existence des esprits des morts et nous pensons qu’il faut observer des rites funéraires » affirme-t-il.

Source : AFP

Le numéro qui tue

Une rumeur de téléphone portable qui tue se répand au Nigéria. Une personne répondant à un numéro composé de six chiffres différents meurt immédiatement.

Le quotidien The Cornet s’est fait l’écho du premier homme d’affaires décédé à la suite d’un appel téléphonique, localisant le début de l’histoire dans le quartier de Somulu à Lagos, capitale économique du Nigéria.

Parmi ces numéros supposés tueurs, le plus fréquent est un numéro commençant par 08.

Notons qu’en France, les numéros en 08 tuent aussi.

Nos porte-monnaie.

Double jeu

John Lundberg 1, le plus célèbre des créateurs de figures céréalières, a toujours été porté à la médiatisation. Jouant sur les tableaux de l’esthétique et du mystère, il a réalisé des documentaires pour la télévision dont les sujets oscillent toujours entre mythes et réalité. Cette fois-ci il a entrepris de produire et diriger un film : The Mythologist.

Ce film explore la vie d’un homme qui se consacre à l’étude du sombre et mystérieux domaine du paranormal. Pour ce film, Lundberg ne s’est pratiquement entouré que d’ufologues patentés, écrivains ou directeurs de publication, comme Rob Irving, dont les thèmes sont la mystification et les rapports flous entre mystificateurs et mystifiés, ou comme Graham Birstall, ufologue, co-fondateur de la revue Ufo Magazine, meilleure vente des publications sur les ovnis.

Ne se situer nulle part et ne jamais rien trancher permet à John Lundberg de réunir tous les publics, lui ménage une grande marge d’action, et le rend absolument insaisissable.

Nul doute que, malgré son grand talent d’artiste, les sceptiques lui en voudront de naviguer avec autant d’aisance entre deux mondes, et ainsi d’interdire tout positionnement de son public dans la réalité comme dans la fiction.

Quand le paranormal sert le tourisme

Sous la plume d’Arnaud Malherbe et Dalila Kerchouche, dans l’article « Paris fantastique au fil de la nuit », L’Express du 2 1/06/2004 nous invite à un voyage touristique dans le paranormal parisien, avec une connotation fortement valorisante.

En témoigne la référence, si souvent mise en avant, du penchant de Victor Hugo pour l’occultisme. L’Express ne s’en prive pas, en introduction de son article, afin de donner le ton. Qui osera contredire ce grand homme de la littérature ?

Vous voilà donc embarqués comme dans un train fantôme, d’abord au Père Lachaise, où la visite à des morts peu fréquentables côtoyant des morts illustres devrait vous terrifier…, puis à l’Hotel Meurice, sous la verrière Art Nouveau, où vous attend, dans le raffinement et le luxe, l’astrologue fétiche de Marie-Claire et Cosmopolitan. Aucun doute que ses balivernes dans les revues féminines à grand tirage lui permettent de prendre ses quartiers dans ce palace.

Vous aurez aussi droit à un passage chez les fantômes de la rue Goujon, où il paraît qu’on sent le froid vous pénétrer.

Seule oasis culturelle dans ce panorama assez triste : la démystification de la légende de la Pyramide du Louvre par un sociologue des légendes urbaines, Jean-Bruno Renard, qui vous révélera que la pyramide n’a pas 666 panneaux de verre – chiffre du diable – comme le dit la rumeur, mais 875 losanges ou 118 triangles. « La réalité est parfois si simple. », dit-il.

Une maison malveillante fait vendre un livre

Le quotidien La Provence du lundi 2 août 2004 présente, sur une pleine page, un article sur une maison animée d’ondes mauvaises envers ses propriétaires, au titre énorme et ronflant : « Les maisons peuvent-elles avoir un effet néfaste sur les gens ? »

Achetée en 1989, à Puy-Sainte-Réparade, la maison en question a fait de gros soucis à ses occupants : inondations, gardiens louches, maladies, problèmes avec la piscine. À bout de nerfs, ils font appel à des voyants et sourciers. On leur sert alors le menu habituel du type : « Ce n’est pas vous qui avez choisi la maison, mais la maison qui vous a choisis. » Une phrase-choc qui ne peut que marquer les esprits influençables.

Le propriétaire fit aérer la cave pour chasser les ondes négatives. Il a eu raison. Chasser les esprits ou le mauvais œil, c’est devenu ringard. Il lui fallut aussi inverser les miroirs pour contrecarrer « l’effet néfaste du flux de l’eau ». Si on ne comprend pas la formule, c’est que ça doit être sérieux…

Il dut aussi soigneusement brûler des huiles essentielles aux quatre coins de la maison. Ce ne fut sans doute pas essentiel puisque rien n’y fit.

Le propriétaire a fini par écrire un roman 2 sur son aventure, afin d’évacuer sa peur, et La Provence en fait largement la promotion de la première à la dernière ligne de son article. Alors, tout à coup, on comprend mieux la page pleine et le titre ronflant.

Rubrique réalisée par Agnès Lenoire

1 Lire l’article « Crop circles : entre art et ufologie » dans notre numéro 254, d’octobre 2002, page 7.

2 Laure et l’eau, Pierre Chosalland, éditions de la Société des Écrivains, 289 pages.

Publié dans le n° 264 de la revue


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