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Plantes et animaux venus d’ailleurs

Publié en ligne le 20 septembre 2011
Note de lecture de Michel Naud - SPS n° 297, juillet 2011

297_87-89« Avec le changement climatique, les invasions biologiques figurent parmi les principaux changements en cours au sein de notre environnement. Elles nourrissent des craintes en partie objectivement fondées, cependant souvent brouillées par des discours alarmistes ». C’est en ces termes que, Jacques Tassin, chercheur écologue au sein du CIRAD (Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement) et spécialiste des invasions de plantes dans les espaces insulaires tropicaux, nous invite dans une brève histoire des invasions biologiques.

Initialisée il y a une cinquantaine d’années par le zoologue britannique Charles S. Elton 1, l’étude de ce qu’il est convenu d’appeler les invasions biologiques est entrée en résonance avec plusieurs inclinations fréquentes de la pensée contemporaine stigmatisant le « pouvoir néfaste » de l’homme de rapprocher ce que la Nature a séparé, et s’inquiétant des « conséquences écologiques gravissimes » que cela ne pourrait manquer d’entraîner. Cette science environnementale se caractérisait bien souvent, dans ses débuts, par une sélection partielle des faits et des espèces, les seules invasions étudiées étant celles d’origine anthropique, et par un traitement partial des faits, l’évaluation des invasions privilégiant les seules nuisances en ignorant largement une évaluation des bénéfices.

L’écologie scientifique s’est néanmoins peu à peu dégagée de cette confusion des genres. Cinquante ans plus tard, nombreux sont les spécialistes du sujet, tels Mark Davis, « auteur de la meilleure synthèse actuelle sur les invasions biologiques (Invasion Biology) » (p. 19), qui vont jusqu’à réfuter la légitimité même de leur discipline, considérant que l’étude de l’invasibilité n’est rien d’autre, in fine, que « celle des liens entre la diversité et la coexistence d’espèces » ; quelques auteurs vont même jusqu’à suggérer la « suppression pure et simple du terme d’espèce indigène ou native ».

Jacques Tassin, quant à lui, nous invite à « envisager les invasions biologiques de la façon la plus objective possible  ». Le plus souvent la migration d’un ou plusieurs individus d’une même espèce sur un territoire nouveau leur est fatale ; il arrive cependant que les conditions du nouvel environnement, voire des concours de circonstances, conduisent à leur multiplication et à des changements remarquables des écosystèmes accueillant les émigrants : telle est l’invasion biologique.

Un penchant usuel consiste à considérer implicitement comme néfastes de tels changements mais « toutes les invasions ne sont pas égales entre elles, et toutes ne sont pas néfastes » (p. 102) : dès lors que l’on quitte les visions partiales et partielles des dogmatiques, « le curseur des invasions biologiques ne se situe jamais tout à fait d’un côté, ni tout à fait de l’autre » (p. 8). C’est à un véritable voyage de découverte d’un continent à l’autre comme d’une période à l’autre que nous propose Jacques Tassin. Plus d’un lecteur sera surpris de découvrir que nombre d’espèces animales comme végétales qu’il associe aux paysages ruraux traditionnels de l’hexagone n’ont conquis ces territoires que fort récemment ; citons par exemple, pour mettre en appétit, les faisans ou les lapins de garenne, et, pour ne pas oublier les plantes, soumettons à la réflexion de chacune et chacun, avant de faire le tour en esprit des plantes vertes qui agrémentent logements ou jardins, que « plus de la moitié des plantes invasives dans le monde sont des espèces ornementales  » (p. 87).

Lisez et faites lire « Plantes et animaux venus d’ailleurs » de Jacques Tassin. Ce livre d’une centaine de pages est accessible à tous, ravira le naturaliste qui, à tout le moins, sommeille chez la plupart de ceux qui sont épris des sciences de la nature, et comme nul ne saurait le dire mieux que l’auteur, « le lecteur y trouvera des éléments lui permettant de mieux circonscrire les déterminants et les conséquences des invasions biologiques dans le monde actuel, mais aussi de disposer d’un ensemble de clés l’aidant à décrypter une terminologie et un discours normatif et dogmatique encore fortement connotés ».

1 Avec son ouvrage The Ecology of Invasions by Animals and Plants (1958).

Publié dans le n° 297 de la revue


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