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Regards sur la science

La nature sait-elle ce qui est bon ?

Publié en ligne le 25 mai 2012 -
par Philippe Boulanger - SPS n° 299, janvier 2012

Faut-il que nous soyons grognons et moroses ! Il n’empêche, comment pourrions-nous adhérer à l’attitude consistant à faire table rase des réflexions passées des auteurs et philosophes au profit d’une congrégation ignorante pratiquant l’ostracisme et l’interdit ?

La bien-pensance d’un écologisme dévoyé consiste à clamer que la nature est bonne et à faire de cette contre-vérité, qui une doctrine politique, qui un argument de vente de produits manufacturés.

Cette idée fausse n’est pas nouvelle. D’inspiration panthéiste, le naturalisme donne une valeur morale à ce qui est désigné comme « naturel ».

D’où, par exemple, le qualificatif d’« aliment naturel ». Est bon ce qui est naturel, la digitaline et l’amanite sont bonnes pour la santé ; les frites, des pommes de terre cuites dans l’huile (toutes deux éminemment naturelles), d’une excellence diététique.

La thèse de Rousseau est que l’état de nature est un état de bonheur et que l’homme naturel se conduit « naturellement » bien. Notre conscience nous indiquerait-elle spontanément ce qui est bon ? Bien des sectes le prétendent, elles ne sont pas plus rationnelles, exemplaires et aimables pour autant.

Bien sûr, tous les progrès ne sont pas bons, et il serait dramatique, par exemple, de généraliser à la planète l’injection – quand elle est injustifiée – d’antibiotiques au bétail ou certaines pratiques abusives d’élevage. Mais nier le progrès sous prétexte de déviances, c’est nier le génie humain et retourner à un obscurantisme sauvage : le monde naturel n’est pas le meilleur des mondes possibles. « À l’état de nature, l’homme est un loup pour l’homme » a écrit Hobbes.

Répétons-le, par démagogie ou par calcul, le discours écologique ignore les valeurs culturelles : ce n’est pas là son moindre défaut... Défaut qu’il partage avec l’essentiel des logorrhées politiques actuelles où toute érudition est bannie.

Publié dans le n° 299 de la revue


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