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L’étude Interphone

Publié en ligne le 29 juin 2009 - Ondes
par André Aurengo - SPS n° 285, avril-juin 2009

Menée sous l’égide du Centre international de recherche sur le cancer, l’étude Interphone se fixe pour objectif de déterminer si l’exposition aux radiofréquences produites par les téléphones mobiles est associée à un risque de cancer. Treize pays sont impliqués, chacun menant une étude dans son propre pays : l’Australie, le Canada, le Danemark, la Finlande, la France, l’Allemagne, Israël, l’Italie, le Japon, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, la Suède et le Royaume- Uni.

Le CIRC fait partie de l’OMS – Organisation mondiale de la santé – et coordonne et réalise des travaux de recherche sur les causes du cancer chez l’homme et sur les mécanismes de la cancérogenèse, et élabore des stratégies scientifiques de lutte contre le cancer.

Interphone : friture sur toute la ligne

L’étude Interphone n’apportera pas de réponse claire aux questions que se posent légitimement les usagers, les responsables de la santé publique et les opérateurs. On est même en droit de se demander si cette situation n’était pas prévisible avant le commencement de l’étude et s’il était bien raisonnable de dépenser 16 millions de dollars pour un si maigre résultat.

En effet, on savait dès le départ que les risques des portables, s’ils existaient, étaient très faibles puisque les études antérieures avaient été pratiquement toutes négatives et que, malgré plus d’un milliard d’utilisateurs dans le monde, aucune pathologie n’avait significativement émergé. On avait donc besoin d’une estimation précise de l’exposition des cas et des témoins (nombre et durée des appels).

Or on savait dès 2001 que l’interrogatoire des utilisateurs sur leur consommation téléphonique, utilisé pour Interphone, n’est fiable ni pour la durée ni pour le nombre des appels puisque, selon les auteurs mêmes d’Interphone : « l’analyse de la concordance entre les données estimées en 2001 par les sujets et celles mesurées par les opérateurs montre une concordance assez médiocre (j = 0,34) mais significative (p <0,01) pour les nombres moyens d’appels. En revanche, il n’y a aucune concordance entre les durées réelles et les durées estimées au cours du premier entretien (j = 0,18). [La] corrélation entre les nombres [d’appels] estimés et mesurés et plus encore celle des durées est très mauvaise » 1. Encore cet interrogatoire a-t-il été conduit en juin 2001 sur les appels d’octobre 2000 à mars 2001 ; qu’en est-il pour les appels datant de plusieurs années utilisés dans Interphone ?

Ces incertitudes n’ont pas été prises en compte dans l’analyse statistique des données d’Interphone, au risque d’en fausser les résultats. Plus grave peut-être, car pratiquement impossible à quantifier, les réponses des cas et des témoins sont susceptibles de biais, les premiers ayant davantage tendance à se rappeler les expositions, comme le savent bien tous les épidémiologistes. Il était donc prévisible que les résultats, quels qu’ils soient, seraient contestables et contestés : les résultats négatifs en raison de l’imprécision des données, les résultats positifs en raison de la non prise en compte des incertitudes et des biais d’anamnèse.

Ainsi, Interphone se révèle un exemple de plus de l’incapacité trop fréquente de l’épidémiologie environnementale à répondre clairement sur l’existence et le niveau éventuel d’un risque hypothétique.

Conduite dans 13 pays, l’étude cas-témoins Interphone analyse 6 500 cas de tumeurs : 2 700 gliomes, 2 400 méningiomes, 1 100 neurinomes de l’acoustique et 400 tumeurs de la parotide. Elle bénéficie a priori d’une grande puissance statistique. La publication de ses résultats globaux a été plusieurs fois annoncée et ajournée mais les résultats partiels de sept pays, dont la France, ont été publiés. Ces résultats partiels montrent qu’une utilisation pendant dix ans par un adulte n’entraîne pas d’augmentation du risque pour les tumeurs étudiées.

Au-delà de dix ans, on retombe dans les incertitudes et les contradictions et, surtout, on est confronté aux doutes exprimés par les auteurs mêmes de l’étude quant à la signification des quelques résultats positifs : certains pensent qu’il faut les prendre en compte ; les autres pensent qu’ils sont dus à un biais de mémorisation ou aux incertitudes concernant l’exposition. Ces avis divergents expliquent le retard de la publication finale tant attendue.

Que faire maintenant ? Il faudrait tout d’abord que les auteurs d’Interphone acceptent de reprendre leurs calculs en prenant en compte les incertitudes qu’ils ont eux-mêmes évaluées, au lieu de se reposer sur une précision illusoire des données recueillies. Il faudrait ensuite se convaincre qu’on ne répondra à des questions aussi difficiles que celles posées par de très faibles risques hypothétiques qu’avec une estimation précise et objective des expositions, sans faire appel à la mémoire toujours incertaine. Sauf cas particulier, seules des études de cohorte, longues et très coûteuses (probablement plus qu’Interphone !) pourront apporter des réponses incontestables. En attendant, il faudra bien gérer les incertitudes, y compris celles léguées par Interphone.

1 Martine Hours et al. « Validation des outils utilisés pour la mesure de la consommation télé-phonique mobile dans l’étude Interphone en France », Environnement, Risques & Santé. Volume 6, Numéro 2, 101-9, Mars-Avril 2007


Mots-clés : Ondes

Publié dans le n° 285 de la revue


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