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Hertz le terrible

Publié en ligne le 20 mai 2008 -
par Jean Günther - SPS n° 280

Comme d’autres champs ou rayonnements issus de notre civilisation technique, et auxquels l’organisme n’est pas immédiatement sensible, les ondes hertziennes continuent à être utilisées par ceux qui essaient de bâtir leur pouvoir en semant la peur.

Bonnes ou mauvaises ondes ?

L’inquiétude règne ! On peut lire par exemple 1 (sur le forum de Futura-Sciences) : « L’idée serait donc d’utiliser le Wifi, mais je ne connais pas les risques liés aux ondes wifi : que sont-elles ? Des ondes du même type que celles des téléphones portables, donc potentiellement dangereuses, ou de simples ondes radio ou autres ? » Il y aurait de « simples » (sous-entendu : non dangereuses) ondes hertziennes et d’autres qui présenteraient des dangers ; on voit là que les campagnes de désinformation menées sur ce thème, et qui jouent sur la peur et la mauvaise conscience des utilisateurs, semblent porter leurs fruits.

Un texte scientifique vite médiatisé

L’effet biologique des ondes hertziennes a été longtemps considéré comme purement thermique, d’ampleur très faible et avec des conséquences peu évidentes. Mais voici que les médias 2 nous alertent sur un effet tout à fait différent : « Les téléphones mobiles n’ont besoin que de 10 minutes pour déclencher des changements associés au cancer dans le cerveau, déclarèrent hier des scientifiques ». On nous renvoie à une publication scientifique parue dans une revue à comité de lecture 3.

Le texte, très technique, de ce travail semble montrer un effet non thermique des ondes, qui interféreraient avec une chaîne de réactions biochimiques. Il ne dit rien de l’induction d’un cancer, ni d’une quelconque conséquence biologique nocive ou même durable. On ne sait rien de l’intensité des ondes, utilisées dans cette manipulation de laboratoire, comparée à celles dues aux mobiles. On ignore si l’expérience a été confirmée par d’autres chercheurs. Mais peu importe ! On a trouvé une caution pour contribuer à faire peur.

Téléphone portable et abeilles

Beaucoup affirment, sans faire l’unanimité, qu’une mortalité inquiétante frapperait les ruches depuis quelques années. Les causes les plus diverses, parfois les plus improbables ont été avancées 4 : pesticides, virus, pratiques apicoles trop intensives, conséquence des cultures OGM, et aussi effet des ondes issues des téléphones portables. Cette dernière cause a été avancée, par deux chercheurs allemands 5 : le rayonnement ne tuerait pas les abeilles, mais les désorienterait, les empêchant de retrouver leur ruche. En fait l’étude a été réalisée avec des sources de rayonnement électromagnétique plus intenses et plus continues que ce qui se rencontre sur le terrain, et les résultats sont à peine significatifs 6. L’étude a fait l’objet de nombreuses publications, mais il ne semble pas y avoir eu de vérification indépendante. Les conditions de l’expérience ne permettent du reste pas d’écarter des biais conscients ou inconscients dans ce que relatent les expérimentateurs.

Dans beaucoup de sites consacrés à ce problème 7, on trouve une citation attribuée à Einstein : « si les abeilles venaient à disparaître, l’humanité n’aurait plus que quatre années devant elle ». Citation probablement apocryphe, et du reste Einstein était là hors de son domaine de compétence. On ne peut que penser à une citation souvent reproduite du même Einstein, tout aussi apocryphe, et favorable à l’astrologie.

Ondes et tomates

De nombreux sites 8 bio, altermondialistes, écologistes, font état d’une étude scientifique, menée par une équipe de l’Université de Clermont-Ferrand, qui aurait montré que les ondes utilisées en téléphonie portable ont provoqué des effets génotoxiques sur des plants de tomates. Ces sites utilisent les mêmes termes et semblent, comme c’est usuel, se recopier entre eux. Il n’est pas possible de retrouver le travail scientifique initial, le nom du laboratoire ou des chercheurs n’étant pas donné. D’autres travaux du même genre sont également cités 9.

Il est certain que le sujet est à l’ordre du jour, et que tout n’est pas connu des effets biologiques des ondes électromagnétiques. Mais il est clair que des travaux isolés, à la méthodologie incertaine, sans confirmation indépendante, n’entraînent pas un consensus scientifique, et n’autorisent donc pas à répandre prématurément dans le public des informations alarmantes.

L’OMS, tout en encourageant de nouvelles études, considère qu’aucune preuve de la réalité des risques allégués n’existe actuellement 10.

L’approche épidémiologique

Les alarmistes agitent, on l’a vu plus haut, le risque de cancers induits par les ondes électromagnétiques, issues des téléphones portables ou d’autres sources. Une publication officielle 11 montre pourtant qu’aucun résultat positif indiscutable n’apparaît dans les études épidémiologiques actuellement connues. Des travaux plus approfondis sont en cours, mais on peut se demander comment trouver deux populations identiques, l’une utilisant le téléphone portable, l’autre ne l’utilisant pas. Les spécialistes savent dans une certaine mesure corriger les biais qui résultent de ce que la population étudiée et la population témoin ne sont pas identiques ; mais ici on peut douter que ce soit faisable.

On pourra trouver par ailleurs une liste 12 d’études sur le sujet, et noter leurs contradictions et incertitudes.

Dans les groupes de discussion

Voici, pour finir, quelques propos relevées dans des groupes de discussion abordant la question des nuisances biologiques dues aux ondes électromagnétiques. On verra que ces citations sont parfois naïves et émaillées de fautes diverses ; il est quand même intéressant de les relever, car elles montrent les dégâts que peut faire la diffusion inconsidérée d’informations alarmistes sans fondement scientifique.

« Par exemple pour les téléphones portables, certains érudits ont remarqué que les personnes qui les utilisaient souvent perdaient peu à peu l’aura que tout être humain a autour de la tête. » 13

Ou, sur le même site : « un scientifique, John Hutchinson, arriverait à plus ou moins concentrer les ondes electro-magnétiques vers un même point, provoquant des effets de lévitation et de gélatinisation des objets en présence dans cette zone. »

Ailleurs 14 : « les ondes émises par le téléphone portable, étant sensiblement égales à celles émises par notre cerveau, viennent perturber les informations transmises par le cerveau à notre corps. »

Ou encore 15 : « Je vais donc pour le moment débrancher l’appareil la nuit, car moi et ma copine se plaignons de démangeaisons et d’un sommeil léger (le téléphone étant à un mètre du lit), pourtant on se lave normalement. »

Lien avec l’homéopathie 16 : « Depuis que je prend de l’arnica en granules, et que je n’utilise plus du tout le téléphone portable ni le wifi (Internet sans fil) je vais beaucoup mieux ». Deux précautions valent mieux qu’une !

Rubrique réalisée par Jean Günther

Publié dans le n° 280 de la revue


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