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Courriels et courriers : avril à juin 2009

Publié en ligne le 19 juillet 2009 -
SPS n° 286

On nous empoisonne, on nous ment, on nous vole… »

Je travaille, comme journaliste, surtout sur le secteur des déchets. J’ai donc eu à m’occuper d’incinération. Un certain nombre d’ONG, épaulées parfois par des scientifiques (ou supposés tels) et des médecins, demandent un moratoire sur ce procédé de traitement.

J’ai notamment eu affaire au professeur Belpomme, qui s’occupe également, depuis peu, de la supposée hyper-électro-sensibilité. Ce qui m’a amené à m’y intéresser également. Et de fil en aiguille, j’ai essayé de m’intéresser à d’autres dossiers du même type.

Dans les « combats » de ce type (contre l’incinération, contre les antennes relais, contre les OGM…), il m’a semblé repérer une constante : les opposants avancent un ensemble de trois types d’arguments que je résume ainsi :
- on nous empoisonne, on s’en prend à notre santé et à l’environnement ;
- on nous ment ;
- on nous vole (variantes : c’est le profit qui veut cela ; les grandes sociétés s’en mettent plein les poches, etc.).

Un mot résume ce triptyque : lobby. Pour certains, ce mot a une fonction quasi-magique : il suffit de le prononcer pour faire la preuve (paraît-il) de l’attaque dont nous pourrions, nous citoyens (par essence innocents), faire l’objet (contre notre santé et l’environnement, contre notre argent, contre la vérité). Plus besoin d’argumenter, plus besoin d’expliquer.

La difficulté est que les opposants s’appuient sur des dossiers passés où effectivement il y a eu atteinte à l’environnement et/ou à la santé, et mensonge, le tout souvent avec une composante économique (il s’agissait par exemple de continuer une activité jugée rentable). Un dossier est en particulier souvent cité, celui de l’amiante, avec ce leitmotiv répété à l’envi : « Ne pas refaire l’erreur de l’amiante. » (Variante : « Pour l’amiante aussi on savait et on n’a rien fait pendant des années… »).

Autre constante, récente, de ces affaires : l’invocation du principe de précaution. On ne sait pas si c’est dangereux, mais certaines personnes le disent. Il y a donc un doute. Donc il faut appliquer le principe de précaution. Qu’importe si X études ont montré que ce n’est pas dangereux (ou que le danger est très limité). De toute façon, les experts et les scientifiques qui disent que ce n’est pas dangereux (ou d’un danger limité) sont des vendus (voir « on nous ment » et « on nous vole, c’est une affaire d’argent »).

Autre caractéristique de ces affaires : ce que j’appellerais, faute de mieux, « l’auto-argumentation » (ou argumentation circulaire). Une ONG dit que ceci ou cela (OGM, antennes relais, incinération…) est très dangereux pour la santé et l’environnement. Elle le dit sur tous les tons, le répète. Les médias le répercutent. Puis l’ONG (ou les médias) demande à la population (le cas échéant par sondage) : « Est-ce que vous pensez que c’est dangereux ? » La population, évidemment, répond « oui ». Du coup, l’ONG ajoute un argument à sa panoplie : « Vous voyez bien que la population n’en veut pas ! »… (Variante : « Imposer ceci ou cela est anti-démocratique puisque la population n’en veut pas »).

Enfin, dans ce genre d’affaire, la rationalité la plus élémentaire est souvent piétinée. Je prends l’exemple des antennes relais et de la supposée hyper-électro-sensibilité. D’après ce que dit l’Afsset, les tests en aveugle ne donnent rien. Autrement dit, si on met une personne disant souffrir d’hyper-électro-sensibilité en présence d’une source émettrice sans lui dire si cette source émet ou pas, les symptômes dont elle dit souffrir (et dont elle souffre effectivement, c’est bien là le problème !) ne sont pas corrélés au fait que la source émet ou pas.

Dans ce cas, l’application des principes élémentaires de la rationalité conduit à supposer que ce n’est pas la source émettrice qui est la cause des troubles. Mais il en faut manifestement beaucoup plus pour convaincre les opposants.

Là, ce sont deux types de rationalité qui sont mises à mal. D’une part la rationalité des sciences « dures » (logique, lien de cause à effet, physique, biologie, etc.). D’autre part une rationalité plus délicate, celle des sciences « molles », en l’occurrence notamment de la psychologie. On connaît l’effet « nocebo ». On sait ce que peut être l’angoisse, l’hystérie, les troubles psychosomatiques, etc. Mais les opposants n’en ont que faire. Il y a symptôme(s), il y a une cause (physique, chimique...) : donc il doit bien y avoir un lien « scientifique » entre le symptôme et la cause.

C’est assez paradoxal car d’un côté ces opposants contestent ou au moins mettent en doute ce qui relève des sciences « dures » (les scientifiques qui disent que ce n’est pas dangereux sont des vendus ; des études montrent que ce n’est pas dangereux, mais il y a peut-être des modes d’action inconnus des scientifiques, qu’ils ne soupçonnent pas/ne veulent pas envisager...). Et d’un autre côté, ils s’appuient sur l’aspect « dur » des choses (« vous voyez bien qu’il y a un effet “scientifiquement” démontré, il doit donc bien y avoir une cause “scientifique” »...) pour dénier toute éventualité d’une cause « molle » (effet psychosomatique ou autre).

Olivier Guichardaz (journaliste à Environnement & Technique).

L’École face aux peurs orchestrées

Directeur d’une école élémentaire publique en face de laquelle une antenne est implantée depuis des années, je suis confronté, depuis environ un an, à un groupe de parents très motivés qui souhaiteraient que l’antenne soit déplacée (chez quelqu’un d’autre !) ou sa puissance baissée (au niveau du mythique milliwatt de Salzbourg).

Il est impossible de leur faire entendre qu’il n’y a pas de risques reconnus, ils se réfèrent au rapport BioInitiative et aux travaux de G. Ledoigt… Tout avis contraire des élus (même verts), de ma part ou de spécialistes est automatiquement entaché d’un soupçon de complot.

Je tourne en rond et cette situation devient pesante et fatigante ! J’ai affiché plusieurs articles de votre dernier numéro et pointé sur le site internet de l’école ceux qui sont disponibles sur votre site… Grave erreur de ma part puisqu’on me demande maintenant de publier des informations contradictoires ! Je n’ai pas réussi à leur faire admettre que vos textes n’étaient pas pro-portable.

Benoît Armand

Il n’y a pas de vaccin contre la déraison

J’ai reçu un mail d’une campagne anti-vaccination que je trouve particulièrement ignoble. Je vous le fais suivre afin que vous preniez connaissance des arguments pseudoscientifiques mis en avant dans cette campagne. Comment expliquez-vous la virulence d’une campagne de cette sorte ? Est-ce uniquement de l’ignorance, de la bêtise et de la mauvaise foi ou y a-t-il derrière tout cela des lobbys industriels, pharmaceutiques ou paramédicaux ? Bien cordialement et merci pour vos dossiers si bien documentés.

V. L.

Le message que vous nous avez fait suivre commence, à propos des vaccins, par ces quelques mots : « ils sont inefficaces, nous rendent malades, détruisent notre immunité naturelle, mais… ils sont obligatoires ». On assiste effectivement à une recrudescence inquiétante des campagnes anti-vaccination. France 5 a ainsi récemment projeté le documentaire « Silence, on vaccine ». Ce documentaire, comme de trop nombreux autres consacrés aux questions de santé publique, fait la part belle à l’émotion au détriment de l’information. On y retrouve toujours les ingrédients habituels : des cas individuels dramatiques mis en scène (tristes, et souvent difficilement soutenables), des affirmations non questionnées (la vaccination est responsable des cas présentés), et la dénonciation d’un complot, des lobbies qui nous cachent la vérité… Le téléspectateur ne saura rien de l’état de la connaissance relative aux vaccins, aux effets secondaires connus, mais aussi à l’efficacité telle qu’elle est évaluée, de l’avis des autorités de santé publique… Les victimes d’une maladie qu’une campagne de vaccination bien menée aurait prémunie ne sont pas interviewées.

Quand Larousse « sème à tout vent »

À mon tour de signaler un gros dérapage de France 3. Dans l’émission de jeux très suivie, et généralement bonne, de Julien Lepers (« Questions pour un champion », quotidienne, à 18 heures, même le dimanche), on offre des cadeaux aux joueurs, perdants et gagnants. C’est toujours Larousse qui offre des livres. Le principe n’est pas mauvais, sauf lorsque le livre offert, qui en reçoit une publicité indirecte, est Le Larousse de l’Homéopathie… C’est arrivé trois fois devant mes yeux, et je ne regarde pas cette émission tous les jours...

J.-C. P.

Publié dans le n° 286 de la revue


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