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Coronavirus : un nouveau paradoxe pour l’homéopathie

Publié en ligne le 6 mars 2020 - Homéopathie -

Alors que le coronavirus se répand rapidement, la recherche de médicaments efficaces est au centre de toutes les attentions. Dans ce contexte, un épisode particulier a mis en lumière l’un des nombreux paradoxes de l’homéopathie.

Tout a commencé le 28 février 2020 par un message posté sur Twitter par Hans-Peter Portmann, un homme politique suisse. Celui affirmait que Oscillococcinum, le produit homéopathique le plus vendu au monde, devait permettre d’affaiblir une infection à coronavirus car, ajoutait-il, il est efficace contre la grippe qui fait partie de la même famille de virus.

Une valse de tweets va s’ensuivre. Le compte Boiron aux États-Unis poste plusieurs messages, dont certains ont seront supprimés par la suite, et Hans-Peter Portmann lui-même efface son premier tweet. L’un des messages de l’entreprise homéopathique, toujours présent le 5 mars 2020 sur le compte Twitter de sa filiale américaine, affirme « ne pas recommander le recours à [ses] produits pour la prévention ou le traitement des symptômes de coronavirus » et d’ « exhorter à suivre les conseils des autorités gouvernementales ».

Et pourtant, si on suit la logique homéopathique, une telle déclaration est incompréhensible. Le principe fondateur de l’homéopathie est le « principe de similitude » : un produit provoquant des symptômes donnés chez un sujet sain guérira le sujet malade présentant les mêmes symptômes. En homéopathie, ce sont les symptômes qui sont la seule indication guidant le choix des remèdes. Ainsi, la notice d’Oscillococcinum explique que le recours à ce produit est indiqué pour le « traitement des états grippaux : fièvre, frissons, maux de tête, courbatures » [1]. Comme le rappelle l’Institut Pasteur, « un syndrome grippal est un ensemble de symptômes (fièvre, signes respiratoires, courbatures, céphalées…) dû à un virus respiratoire qui peut être également différent de la grippe » [2]. Et si on ne considère que les symptômes, « il n’y a aucun moyen de faire la différence » entre le nouveau coronavirus et la grippe saisonnière » selon Bruno Lina, virologue et chercheur au Centre International de Recherche en Infectiologie (et cité par Libération [3]).

Le paradoxe est là. Si Oscillococcinum est validé pour les indications revendiquées dans la notice et si le principe de similitude à la base de l’homéopathie est vérifié, alors l’affirmation de Hans-Peter Portmann est totalement valide : Oscillococcinum doit marcher pour prévenir les infections par le coronavirus ou les guérir. Si Boiron affirme que ce n’est pas le cas, alors il ne reste que trois possibilités : soit Oscillococcinum n’a pas la validité affirmée et il ne sert à rien contre les « syndromes grippaux », soit le principe fondamental de l’homéopathie est invalide, soit les deux à la fois. Quelle est la bonne réponse ?

Ce dilemme explique peut-être l’embarras évident de Boiron et sa très grande discrétion sur ce que pourraient apporter ses produits dans cette période d’épidémie.

Terminons par une question complémentaire : sur quelle base Boiron peut-il affirmer que le recours à Oscillococcinum n’est pas indiqué contre le coronavirus ? Aurait-il fait des tests ? En aurait-il publié les résultats ?