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Jean-Claude Pecker (1923-2020)

Témoignage de Suzy Collin-Zahn

Publié en ligne le 27 février 2020 - AFIS -

J’ai rencontré pour la première fois Jean-Claude Pecker au début des années 1960, alors que j’étais jeune enseignante à l’Institut d’astrophysique de Paris. Il dirigeait alors à l’Observatoire de Meudon une équipe étudiant les atmosphères stellaires. Tous les jeunes chercheurs travaillaient alors avec la bible de l’astrophysique, le « Pecker et Schatzman » comme nous disions, intitulé sobrement « Astrophysique générale », publié en 1959. C’était un gros livre rouge qui réussissait l’exploit de rassembler tout ce que l’on connaissait à cette époque sur l’astrophysique théorique naissante. Je ne savais pas trop comment aborder la thèse que m’avait donnée Evry Schatzman, et Jean-Claude m’a immédiatement fait entrer en contact avec son ami Dick Thomas qui travaillait sur un sujet proche du mien à l’époque ; celui-ci m’a obtenu une bourse pour travailler deux mois pendant les vacances universitaires de 1962 à l’Observatoire de Harvard.

Par la suite, j’ai eu souvent l’occasion de rencontrer Jean-Claude, en particulier lorsqu’il est revenu à Paris après avoir dirigé l’Observatoire de Nice. Nous avons même collaboré ensemble un moment sur le problème très controversé de l’Univers stationnaire, mais j’ai rapidement abandonné le sujet alors que, à mon grand regret, Jean-Claude a continué jusqu’à la fin de ses jours dans cette voie à mon avis sans issue. C’était notre seul sujet de dispute, parfois même un peu vive.

Jean-Claude avait une personnalité incroyablement chaleureuse et généreuse. Il était toujours prêt à rendre service et se dépensait sans compter pour ses amis, et même parfois pour des personnes qui le sollicitaient mais qui ne lui étaient rien. Il recevait beaucoup dans sa maison de l’île d’Yeu, et il était rare qu’une ou plusieurs chambres ne fussent pas occupées par des amis. Nous avions formé, avec lui et sa compagne actuelle, Simone, un « groupe de travail » d’une demi-douzaine de personnes sur les quasars et les galaxies, et nous nous sommes ainsi réunis chez lui pour quelques jours pendant plusieurs années. Jean-Claude nous cuisinait des plats succulents pendant que nous tentions de comprendre un peu l’univers. Par la suite, j’y suis retournée plusieurs fois avec mon époux et nous l’avons vu, âgé de 90 ans, plonger en novembre dans l’océan avec un vent que nous jugions glacial.

Jean-Claude était un militant dans l’âme : pour ses idées politiques (de gauche, et même d’extrême gauche), pour la science, pour l’éducation, pour le rationalisme… De sa jeunesse pendant la guerre, il parlait très peu, comme le faisaient souvent ceux qui avaient perdu leurs parents dans cette apocalypse. Il a publié seulement cinquante ans plus tard à leur mémoire un recueil de poésies, qu’on ne peut lire sans pleurer. Il n’attachait pas une grande importance à ses racines juives, étant athée et n’en ayant jamais suivi les traditions.

Jean-Claude était non seulement un scientifique, un remarquable écrivain et un orateur, mais également un artiste. Il excellait non seulement dans le dessin et la peinture, mais il écrivait également de délicieuses poésies, dont je possède quelques-unes. Il nous a quitté âgé, mais je me souviendrai toujours de lui comme d’un homme jeune d’esprit, plein de vie et de projets.


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L' auteur

Suzy Collin-Zahn

Astrophysicienne et directeur de recherche honoraire à l’Observatoire de Paris-Meudon.

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