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Raisonnez probabilités - Sans vous faire piéger !

Publié en ligne le 12 septembre 2013
Note de lecture de Nicolas Gauvrit - SPS 305, juillet 2013

À mi-chemin entre le manuel d’autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon 1 et les livres zététiques de Henri Broch, ce petit ouvrage agréable et très accessible nous met en garde contre l’intuition, souvent trompeuse lorsque nous estimons la plausibilité d’événements hypothétiques. Pierre Spagnou se concentre sur un type de raisonnement probabiliste dont les psychologues ont montré l’importance capitale dans le raisonnement quotidien : le raisonnement « bayésien », par lequel nous estimons la probabilité des causes d’après l’observation des conséquences. C’est ainsi que l’on peut par exemple calculer la probabilité d’être malade, en prenant en compte les symptômes qui se manifestent.

L’importance du raisonnement bayésien est aujourd’hui telle que les psychologues parlent d’une « révolution bayésienne » dans leur discipline. Étonnamment, alors que des outils mathématiques (les « réseaux bayésiens ») sont utilisés depuis des décennies pour représenter et traiter ce type de raisonnement, le livre de Pierre Spagnou semble être le premier en langue française à fournir une présentation très accessible de l’idée qui se cache derrière cette théorie.

Spagnou applique également une réflexion probabiliste et « zététique » à divers domaines. On pourrait rester dubitatif sur le traitement du paradoxe de Fermi et de la question toujours ouverte de savoir si l’existence d’une vie extra-terrestre est probable ou non. On sera en revanche ébahi de découvrir à quel point les erreurs judiciaires sont favorisées par l’approche totalement irrationnelle que préconise la « justice »… alors même que la théorie des réseaux bayésiens trouveraient en l’occurrence une application utile et salutaire.

Voici un exemple étonnant tiré du livre : supposez un accusé, qui lors de son procès, est déclaré innocent. Il a donc une certaine probabilité a priori élevée d’être innocent. Vous apprenez par la suite que cet accusé avait en fait été antérieurement condamné. Cela augmente-t-il la probabilité qu’il soit coupable du deuxième crime comme on pourrait l’imaginer ? Pierre Spagnou nous montre que c’est exactement l’inverse. Voici en quelques mots la solution de ce paradoxe : si l’accusé est finalement déclaré innocent alors qu’il avait déjà été jugé coupable auparavant, cela signifie qu’il n’y a aucun élément à sa charge. En effet, les jurys ont tendance à juger coupable quelqu’un qui a déjà été condamné. Ce n’est donc pas directement le fait qu’il ait déjà été condamné qui le rend plus probablement innocent, mais le fait que malgré cette condamnation, des gens l’aient jugé innocent.

1 Petit cours d’autodéfense intellectuelle (Éditions Lux, 2006).

Publié dans le n° 305 de la revue


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