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Le mystérieux lac Vostok

Publié en ligne le 17 septembre 2005 - Science - SVT
par Eva Arlettaz (ASP)

Depuis plus d’un million d’années enfoui sous quatre kilomètres de glace, le lac Vostok lève peu à peu le rideau pour nous raconter son histoire. Depuis 1996, les chercheurs s’attachent à découvrir ce que contient ce réservoir d’eau intouché depuis l’époque de l’Homo erectus. Plus récemment, une équipe franco-russe a pu découvrir de la vie à une profondeur extrême : des bactéries, et non des moindres puisque ce sont des bactéries thermophiles, celles que l’on retrouve habituellement au niveau de sources chaudes.

C’est après un forage à travers 3623 mètres de glace, qui a duré plus de cinq ans, que les chercheurs ont pu remonter des carottes glaciaires contenant des fragments d’ADN de ces bactéries. Un doute subsistait : ces échantillons auraient pu provenir d’une contamination extérieure. Les scientifiques ont donc pris soin pendant deux ans d’identifier chaque source de pollution possible, ce qui leur a permis de répertorier plus de 250 bactéries éventuelles, dont ces nouvelles venues ne faisaient pas partie.

Mais si elles sont bel et bien originaires du lac Vostok, comment se sont-elles retrouvées un peu plus haut que le lac lui-même, soit là où la carotte glaciaire les a ramassées ? Il n’existe pas sous le lac d’activité volcanique ou de cheminée magmatique. Ces bactéries auraient donc été, à l’origine, terrées au niveau de failles profondes encore actives. Lors de séismes, ces micro-organismes furent éjectés dans le lac puis emprisonnés dans la glace dite « de regel » c’est-à-dire celle qui se forme sous le glacier qui flotte.

Cette découverte ne fait qu’encourager les chercheurs à aller plus loin, mais la communauté scientifique internationale, inquiète de contaminer un écosystème intouché depuis un million d’années, a interdit de forer à moins de 25 mètres du lac lui-même. Pour l’instant, les risques de pollutions du lac semblent donc maîtrisés. Mais pas complètement : pour forer à une telle profondeur, il a fallu injecter du kérosène dans le trou afin de le maintenir ouvert. Jean Robert Petit, chercheur au laboratoire de glaciologie et de géophysique de l’environnement du CNRS français, assure qu’il n’y a rien à craindre de ce côté : « la glace en profondeur est suffisamment pure et sans fissures pour être imperméable. Il n’empêche qu’un jour, nous voudrons aller voir ce que contient le lac lui-même. » Et pour l’instant, on ne connaît aucune méthode sûre.

Et même si un jour, une technique de forage réunissait les conditions optimum pour éviter tout risque de contamination, il n’est pas certain que les scientifiques découvriraient une quelconque forme de vie dans le lac Vostok ; la quantité de carbone, supposée « quasi absente » étant le principal obstacle. En effet, ce lac, dépourvu de lumière, n’est alimenté que par la fonte du glacier, lui-même très pauvre en matière nutritive. Et cette faible quantité de carbone sera de toutes façons consommée par la très grande quantité d’oxygène. Sans photosynthèse et sans carbone, est-ce que la vie peut se développer ? Voilà une question qui restera encore quelques années sans réponse.


Mots-clés : Science - SVT


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