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La controverse sur la vaccination contre les papillomavirus

Publié en ligne le 30 novembre 2019 - Vaccination -

La France est un des pays du monde où la défiance envers la vaccination est la plus importante [1]. La controverse y est récurrente et occupe une place de choix dans les médias. Au début de l’année 2019, c’est la vaccination contre les papillomavirus humains (ou HPV, voir encadré) qui s’invite à nouveau dans la polémique. Le taux de couverture pour cette vaccination reste extrêmement faible, l’un des plus bas d’Europe (avec 21 % des jeunes filles vaccinées en 2017) [2]. L’affaire avait commencé en 2013, quand une jeune femme avait déposé plainte contre Sanofi Pasteur MSD (qui commercialise le vaccin Gardasil) et l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé). Elle attribuait au vaccin qu’elle a reçu à quinze ans l’apparition d’une sclérose en plaques. Bien qu’ensuite classée sans suite, cette affaire suscita de nouvelles actions en justice.

Douleur d’amour, William-Adolphe Bouguereau (1825-1905)

À l’été 2018, face à cette situation jugée inquiétante, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, a saisi la Haute autorité de santé afin qu’elle évalue la pertinence d’une recommandation de vaccination universelle (garçons et filles) contre le HPV. En mars 2019, un collectif scientifique composé d’une cinquantaine d’institutions et de sociétés savantes (dont les Académies nationales de médecine, de pharmacie, de chirurgie, des sciences infirmières) a rendu public un appel allant dans le même sens :  « augmenter la couverture vaccinale des populations déjà ciblées en rétablissant activement la vérité scientifique et donc la confiance vis-à-vis de ces vaccins actifs et très bien tolérés ». Il plaide pour le lancement d’une  « vaccination universelle gratuite ou remboursée, sans distinction de sexe ou de risque, pour protéger filles et garçons » [3].

Summer at Hadlyme, Willard Metcalf (1858-1925)

Les opposants à la vaccination se sont alors mobilisés. Quinze d’entre eux, médecins ou pharmaciens, dans ce qu’ils appellent un « droit de réponse » [4], accusent le collectif scientifique de rester  « dans la tradition des conflits d’intérêts » et dénoncent une  « efficacité jamais démontrée » et  « une incertitude sur la sécurité » des vaccins contre les HPV. Les docteurs Nicole et Gérard Delépine, très actifs surleur site Internet, développent une argumentation similaire et évoquent un  « scandale sanitaire » à venir, non pas du fait de l’insuffisance de couverture vaccinale, mais pour la mise sur le marché d’un vaccin avec l’indication « prévention du cancer » alors qu’il  « n’a jamais démontré, dans aucune étude, qu’il en était capable » ainsi que son maintien  « alors que les résultats avérés actuels montrent que la vaccination est suivie d’une augmentation d’incidence de ces cancers (sans parler des nombreux effets secondaires délétères) » [5]. Ces propos sont repris par quelques organes de presse, comme L’Humanité (18 avril 2019) qui s’inquiète d’une « hausse observable des cancers invasifs du col de l’utérus chez les jeunes générations » suite à l’introduction de la vaccination [6] ou Paris Match (30 avril 2019) qui titre  « Vaccins anti-HPV : 15 médecins dénoncent les risques des conflits d’intérêts ».

Au-delà de la rumeur et de la désinformation, quels sont les faits ? Pour contribuer à répondre à cette question, nous publions une analyse de Catherine Hill.

Références

^[1] Larson HJ et al., “The State of Vaccine Confidence 2016 : Global Insights Through a 67-Country Survey”, EBioMedicine, 2016, 12 :295-301. Sur ebiomedicine.com

^[2] Haute autorité de santé, « Cancer du col de l’utérus : une meilleure couverture vaccinale et un dépistage renforcé restent la priorité », communiqué de presse, 11 octobre 2017. Sur has-sante.fr

^[3] « Infections et cancers dus aux papillomavirus (HPV) en France, Appel des 50 », 20 mars 2019. Sur le site de l’Académie de pharmacie acadpharm.org

^[4] « Nous, médecins et pharmaciens indépendants de l’industrie pharmaceutique dénonçons l’“appel des 50” au nom de l’intégrité et de la raison ». Sur upgcs.org

^[5] Delépine N, « Gardasil Propagande versus argumentation scientifique fondée sur des preuves  », 6 mars 2019. Sur docteur.nicoledelepine.fr

^[6] Zimmer AC, « Polémique. Le vaccin anti-HPV favoriserait-il le cancer ? », L’Humanité, 18 avril 2019. Sur humanite.fr


Les papillomavirus humains

Les papillomavirus humains (human papillomavirus ou HPV en anglais) sont à l’origine de l’une des infections sexuellement transmissibles les plus répandues, chez les femmes mais aussi les hommes : environ 70 à 80 % de la population sexuellement active sera en contact avec ce virus au cours de sa vie sexuelle. Il existe différents types de HPV.

Certains types de virus sont à l’origine des condylomes (souches HPV-6 et 11), également appelés verrues génitales ou encore crêtes de coq. Ces verrues, uniques ou en groupe, se développent généralement dans la zone ano-génitale (anus, périnée, pénis, vulve) et sont extrêmement contagieuses. Elles n’évoluent pas en cancer mais peuvent être gênantes physiquement et psychologiquement.

D’autres types de HPV sont à l’origine de lésions précancéreuses (souches HPV-16, 18, 31, 33, 35, 39, 45, 51, 52, 56, 58, 59, 68, 73 et 82) et peuvent engendrer des cancers du col de l’utérus, de la vulve, de l’anus, du pénis et de la gorge.

Source : depistage.be