Science et Pseudo-Sciences n°303

Sommaire

Éditorial p. 1
Du côté de la science p. 2
Regards sur la science p. 7

De mauvais arguments contre le sexisme desservent la science (Nicolas Gauvrit) p. 14


Dossier - La santé mentale est-elle évaluable ?

La souffrance psychique ne serait pas évaluable, car trop subjective, toute classification des troubles mentaux ne serait que tentative idéologique pour normaliser le bien et le mal à des fins politiques. Un héritage de Descartes est encore bien présent, et imprègne largement les conceptions relatives à la santé mentale en France : c’est le dualisme, qui séparerait un esprit immatériel, la chose pensante, d’un corps matériel.

Pourtant, les avancées scientifiques qui ont déjà révolutionnées la psychiatrie dans la plupart des pays du monde commencent enfin à s’imposer en France. Avec elles, la claire affirmation que la souffrance psychique peut s’évaluer et qu’il est donc possible de vérifier l’efficacité de différents traitements et prises en charge, de les comparer entre eux. De même, les troubles mentaux font l’objet de descriptions et de classifications, étapes indispensables à une approche scientifique de cette branche de la médecine qu’est la psychiatrie.

Que sont ces méthodes et catégories ? Quelle valeur leur accorder ? Comment faudrait-il les utiliser ?

- La souffrance psychique est bel et bien évaluable et mesurable (Franck Ramus) p. 19
- Utilité et dangers des catégorisations psychopathologiques (Jacques van Rillaer) p. 26
- Classifications internationales des troubles mentaux : vraies
limites et faux problèmes
(Franck Ramus) p. 32
- L’autisme d’un DSM à l’autre (Baudouin Forgeot d’Arc) p. 39
- Vers le DSM-5 : la classification des troubles de la personnalité
(Jean Cottraux) p. 45


« L’étude choc » sur les OGM

Le soufflé produit par « l’étude choc » sur les OGM conduite par Gilles-Éric Séralini est en train de retomber. Ce qui discrédite l’étude, ce ne sont pas les conflits d’intérêts patents, mais les arguments techniques qui montrent que l’étude est truffée de biais méthodologiques lui ôtant toute validité. Les avis unanimes des agences sanitaires de par le monde ont définitivement clos le volet scientifique de l’affaire. Malheureusement, les dégâts collatéraux sont nombreux. Et ils porteront leurs effets durablement. Les promoteurs de ce qu’il faut bien appeler un « coup politique » le savaient : le temps de l’analyse scientifique est un temps long, qui n’est pas celui de la médiatisation avec ses « scoops » et ses titres chocs. Initiée par la désormais célèbre manchette du Nouvel Observateur (« Oui, les OGM sont des poisons ! »), la déferlante va balayer la quasi-totalité des grands médias, relayée par un film coproduit avec les auteurs de l’étude, avec une bande annonce angoissante : « regardez bien ces images [on nous montre un rat atteint d’une tumeur énorme], elles vont faire le tour du monde, ces rats ont été nourris de maïs transgéniques pendant toute leur vie ». Un scénario digne d’un roman d’espionnage nous est promis (une étude avec nom de code, mails cryptés, la clandestinité la plus totale « pour ne pas subir de pression », etc.). Les auteurs savaient très bien que la passion et la médiatisation balaieraient toute discussion scientifique sur le fond, et que l’analyse par les pairs et les avis des agences de santé appelés à suivre pourront facilement être dilués et brouillés en déplaçant la controverse sur un autre terrain.
- Le paradoxe Séralini (Michel de Pracontal) p. 51
- Interdire les OGM relève de la politique (Marc Lavielle) p. 56


Internet et croyances (Gérald Bronner) p. 59
Les cristaux : des pierres magiques aux vertus thérapeutiques ? (Jacques Bolard) p. 64
Hommage à Paul Kurtz p. 70

Un monde fou, fou, fou... (Brigitte Axelrad)
Livres et revues p. 78
Dialogue avec nos lecteurs p. 90

Débat : L’incantation est-elle une stratégie efficace ? (l’opinion d’Alain Blieck) p. 93


L’édito

Les rats, la gazette et le laborantin - une fable du 21e siècle, génétiquement modifiée

On ne considère plus guère les scientifiques comme des savants. C’est légitime, ils ne savent pas grand chose. Un groupe de scientifiques français a rapporté
récemment qu’une alimentation par maïs transgénique cause chez le rat des tumeurs et une mortalité prématurée, si l’on est suffisamment patient pour attendre deux ans, la durée moyenne de la vie d’un rat. Cette affirmation est basée sur deux groupes de dix rats.

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Cinq rats nourris au maïs OGM sont morts prématurément alors que seuls deux ou trois sont morts parmi les dix rats contrôles nourris par un maïs normal. Dans les dix autres groupes nourris par maïs OGM, la mortalité a été soit d’un rat supérieure, soit égale, soit même inférieure au contrôle. Tout se joue donc sur trois rats, qui ont eu la malchance d’être là au mauvais moment. Cette différence a suffi aux auteurs de l’étude pour emboucher les trompettes de Jéricho, ameuter la grande presse, et particulièrement une gazette hebdomadaire bienveillante, et s’en prendre au reste du monde qui ne les avait jusqu’ici pas pris au sérieux. Les scientifiques du reste du monde ont beau objecter que trois rats, ce n’est pas grand chose, et que dans le contexte, les résultats sont probablement le jeu du hasard. Ils ont eu aussi beau rappeler que ces résultats vont à l’encontre d’une évidence expérimentale négative dont les dossiers remplissent un immeuble de quatre étages. Rien n’y fera. L’angoisse s’est installée dans les chaumières et on va s’en occuper en haut lieu. 1.

Il ne fallait pas être grand devin pour prédire que l’effet recherché serait atteint : attiser les peurs et les angoisses à des fins politiques et idéologiques. La partie était facile : la peur l’a emporté sur la raison, les affirmations tranchées et définitives ont davantage convaincu que l’expertise et le doute scientifique, le sensationnel a davantage séduit les rédactions que l’information complète et objective.

Mais il semble toutefois que bon nombre de citoyens, d’observateurs et de scientifiques aient eu le sentiment de s’être fait berner et manipuler... La Fontaine, qui s’est également beaucoup intéressé aux rats, notait déjà dans sa fable « Le Rat et l’Huître » : « ceux qui n’ont du monde aucune expérience, sont aux moindres objets frappés d’étonnement : tel est pris qui croyait prendre. »

Science et pseudo-sciences

1 Ce paragraphe est adapté d’un texte d’Alain de Weck publié sur notre site Internet.

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