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Plus vaste que le ciel. Une nouvelle théorie générale du cerveau

Publié en ligne le 9 octobre 2004
Note de lecture de Monique Bertaud - SPS n° 264, octobre 2004

La grande maîtrise de son sujet permet à l’auteur de rendre accessible au public la théorie de la sélection des groupes de neurones dont les fondements éclairent la façon dont la conscience peut naître de l’activité cérébrale.

Ce faisant, G. Edelman réintègre l’esprit dans les sciences de la vie. À l’instar du code génétique (soi métabolique interne) et du système immunitaire (soi relationnel organique), le système nerveux central (soi psycho-social) est un système sélectif et dégénéré. La dégénérescence est la capacité d’un système complexe à parvenir à un même résultat par des voies multiples.

Pour les circuits, les populations de synapses, les signaux du contexte et l’histoire du sujet, il existe de nombreuses manières de donner lieu à la même signification. Le cerveau ne connaît pas les algorithmes, ce qui remet en cause les bases de la psychologie cognitive.

Les modèles mécaniques ou informatiques ne fonctionnent pas non plus. Nous ne sommes pas des automates, les messages sont ambigus et le monde n’est pas une cassette. C’est la variabilité permanente dans le temps et dans l’espace de ces circuits intégrés qui rend possible la sélection des interactions associatives adaptées et la capacité du cerveau à construire sa cohérence.

Il s’agit de trois grandes formations dont l’intégration rend possible l’émergence de la conscience :
- Le système de valeur ascendant qui assure les fonctions de survie
- Les ganglions de la base, sans connexions descendantes et qui gèrent les automatismes
- Le système thalamo-cortical en boucles réciproques réentrantes

Au fil de l’évolution des espèces, l’émergence de la capacité discriminative des éléments d’une scène a constitué un élément de survie. Par exemple, un certain bruit dans le feuillage au soir tombant peut évoquer pour un singe un tigre qui rode. Cette interprétation, qui peut être une illusion, et bien que faisant référence à l’expérience antérieure, reste en relation avec le vrai temps physique, ce qu’Edelman appelle le présent remémoré. Cette conscience primaire nécessite l’existence d’un système sémantique qui existe chez les primates.

L’acquisition d’un système syntaxique, c’est-à-dire le lien entre signe arbitraire et évènement, nécessite la mise en place d’une nouvelle boucle réentrante hippocampique. La capacité linguistique libère du présent remémoré, donne accès à la mémoire sociale par connaissance narrative et apporte une conscience supérieure qui est la conscience d’être conscient.

On peut regretter que, par souci didactique, l’auteur n’hésite pas à se répéter, mais il a réussi le tour de force d’exposer la question pointue des bases neurologiques de la conscience, sans décourager le lecteur par l’afflux de termes techniques qui est souvent le refuge des faux clercs.

Publié dans le n° 264 de la revue


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